Ce Paysage peut être daté des dernières années du XVIIIe siècle, qui coïncident avec le début de la carrière du peintre. C’est la période où Crépin crée des compositions très proches du style de Vernet, tant en termes de touche picturale que de sujet.
Il s’agit d’une série de paysages où il évoque l’aspect pittoresque de la nature et le rapport vivifiant entre celle-ci et les personnages qui l’animent, et où l’eau apparaît déjà comme un élément central : « Les Baigneurs » (Musée du Château de Fontainebleau), « La Cascade » ( Musée du Louvre, Paris), « Paysage avec pêcheurs au bord d’une rivière » (Musée des Beaux-arts de Tours), ainsi que d’autres œuvres apparues récemment à l’occasion d’enchères publiques internationales.
Ce tableau présente des éléments stylistiques et de composition presque identiques à ceux des tableaux précités : des troncs noueux peints avec des coups de pinceau tortueux, parfois liquides, ou fins et élancés par touches rapides; des feuilles peintes une à une comme des gouttelettes ou à peine esquissées ; des rochers couverts de mousse et gravés par le temps, troués comme des fromages, apparemment instables mais qui se fondent dans leur environnement ; un bâtiment latéral peint avec une naïveté réaliste ; l’eau plate comme un miroir avec des reflets du Nord ; les personnages avec des vêtements traditionnels sur lesquels le pinceau s’arrête minutieusement pour retoucher des plis capricieux et glisser ensuite, plus rapide, ailleurs (référence au style d’Hubert Robert). Le second plan, semble presque liquéfié sous l’effet d’une lumière plus solaire, bien que douce et raréfiée.
Dans ce paysage, Crépin montre qu’il est un observateur attentif de la nature et un fin interprète de ses multiples effets, imprégné de la sensibilité typique du goût nordique, presque flamand et hollandais du siècle d’or néerlandais.