Les démolitions de Rome ont profondément modifié le visage de la ville. Dans les années 1930, des maisons, des rues et des quartiers disparaissent sous l’effet des grands travaux. Les peintres en conservent une mémoire irremplaçable.
Les œuvres de la Scuola Romana, ou École romaine, permettent aujourd’hui de retrouver ces lieux. Certaines montrent la ville avant les destructions. D’autres révèlent les chantiers, les murs ouverts et les traces d’une vie quotidienne interrompue.
Antonietta Raphael Veduta dalla terrazza di Via Cavour
Quelles démolitions ont transformé Rome ?
Les transformations urbaines commencent bien avant les années 1930, notamment après l’unification italienne. Elles prennent ensuite une ampleur particulière sous le régime fasciste.
Les interventions concernent différents secteurs : les abords du Capitole et des Forums, le quartier de l’Augusteo, via Giulia ou encore les Borghi. Chaque chantier possède sa propre histoire.
La démolition de la Spina di Borgo, en 1936–1937, accompagne ainsi le projet de via della Conciliazione, conçu par Marcello Piacentini et Attilio Spaccarelli. Elle transforme l’approche de la basilique Saint-Pierre et efface une partie du tissu urbain ancien.
À la manière des photographies anciennes, leurs tableaux nous permettent de retrouver des perspectives et des atmosphères disparues. La couleur, la touche et la composition traduisent aussi leur expérience personnelle des lieux.
Cette mémoire picturale réunit des artistes de générations et de sensibilités différentes. Elle donne une présence durable aux rues, aux maisons et aux espaces que les travaux ont transformés.
Les artistes et les œuvres consacrés à la Rome en transformation
Mario Mafai et les Demolizioni
Mario Mafai Le case del Foro Traiano
Demolizioni di Via Giulia
« C’étaient les ruines de Mafai, non pas les nobles aqueducs ou les groupes de colonnes sulfureuses, mais de pauvres petites chambres bourgeoises éventrées avec des papiers peints en lambeaux, dans les fumées coniques des cheminées ; c’étaient des cellules brisées, mais encore fraîchement habitées, si bien qu’il semblait délicat de les regarder, ainsi éventrées, de l’extérieur » Cesare Brandi .
Voici le magnifique tableau de Mario Mafai, « Demolizioni di Via Giulia » de 1936, qui représente les Démolitions des années 1930 par lesquelles le régime avait décidé de changer à jamais la configuration du lieu, en détruisant la Spina dei Borghi et en ouvrant la Via dei Fori Imperiali.
Mario Mafai donne aux démolitions une place majeure dans sa peinture. Les cloisons colorées et les façades abattues deviennent les éléments d’une composition où subsiste la présence des habitants.
Dans Le case del Foro Traiano de 1930, il conserve l’image des maisons proches des vestiges antiques. Avec Demolizioni di Via Giulia, en 1936, les murs mis à nu révèlent les espaces domestiques. Ces œuvres associent observation du paysage urbain et émotion devant sa disparition.
Eva Quajotto et les chantiers de Rome
Eva Quajotto consacre plusieurs tableaux aux transformations de la capitale. Demolizioni a Piazza Navona et Demolizioni intorno all’Augusteo, ce dernier daté de 1937, témoignent de cette attention.
Les bâtiments, les terrains bouleversés et les perspectives ouvertes par les travaux composent une chronique visuelle de la ville.
Demolizioni a Piazza Navona
Demolizioni intorno all’Augusteo
Demolizioni intorno all’Augusteo
Scipione les Borghi avant leur disparition
Scipione, représentant de l’École de la Via Cavour, nous laisse une œuvre des années 1930, « La via che porta a San Pietro » (La rue qui mène à Saint-Pierre), avant la démolition des Borghi (Ndt : ancien quartier médiéval et renaissance qui précédait alors la place Saint-Pierre et qui sera remplacé par la Via della Conciliazione). L’actuelle via della Conciliazione. Dans La via che porta a San Pietro, également intitulé I Borghi, Scipione représente en 1930 un quartier encore présent. Le peintre meurt en 1933, avant les démolitions de la Spina di Borgo. Son tableau conserve donc l’image des lieux antérieure aux travaux de 1936–1937. Les rouges et les ombres donnent à cette vue une intensité particulière.
La via che porta a San Pietro
Afro Basaldella et la ville en mutation
Afro Basaldella aborde également ce sujet dans ses Demolizioni, vers 1939.
Cette œuvre appartient à sa période figurative, avant le développement de son langage abstrait d’après-guerre. Elle rappelle l’importance du milieu artistique romain dans ses premières recherches.
Afro
Antonio Barrera
Antonio Barrera (Rome, 1889 – Forlì, 1970), peintre romain, élève de Pietro Gaudenzi, a consacré son art à la représentation d’une période historique bien précise, à savoir l’entre-deux-guerres, en particulier les années 1920 et 1950.
Au cours de ces années, le panorama pictural romain connaît de profonds changements, dont Barrera est l’un des protagonistes.
Ses œuvres, en particulier ses paysages romains créés entre les années 1940 et 1950, capturent la vie quotidienne sur fond de ville monumentale, reflétant la réalité sociale de Rome à une époque de grands changements.
Antonio Barrera a fait partie de l’atelier des Romanistes avec les artistes Orazio Amato, Orfeo Tamburi, Carlo Alberto Petrucci, Duilio Cambellotti et Diego Angeli.
Piazza Bocca della Verità durante le demolizioni Barrera
Foro Olitorio e via della Conciliazione
Antonio Barrera Dintorni del Teatro Marcello prima della trasformazione
Tina Tommasini
Elle conserve dans ses vues de Rome la mémoire de lieux aujourd’hui profondément transformés.
Tina Tommasini (Trévise 1902 – 1985) peintre et céramiste, avec sa sœur Anna Maria et son frère Nino, elle prend des cours de peinture auprès du peintre divisionniste et impressionniste Aldo Voltonin (1892 – 1918).
En 1930, elle s’installe à Rome où, avec sa sœur Anna Maria, elle se spécialise dans la représentation des lieux de la ville avant les démolitions des années 1930.
Dans La Spina di Borgo da piazza Pia, peint en 1936, elle représente les bâtiments du quartier dominés par la coupole de Saint-Pierre. Cette vue restitue la configuration ancienne des Borghi, avant leur disparition pour l’ouverture de via della Conciliazione.
La spina di Borgo da Piazza Pia
La galerie Egidi MadeinItaly
Giovanni Omiccioli – œuvre disponible en galerie
Le 28 octobre 1936, les travaux de démolition de la Spina dei Borghi, nom donné à l’ensemble des bâtiments situés devant la place Saint-Pierre, commencent à Rome.
Le tableau San Pietro prima delle demolizioni de Giovanni Omiccioli conserve la mémoire des Borghi et de leur relation avec la basilique Saint-Pierre.
Les maisons et la coupole composent une image précieuse de la Rome disparue. Le regard du peintre fixe un paysage urbain dont les grands travaux ont bouleversé l’organisation.
Cette huile sur panneau, disponible auprès de la galerie Egidi MadeinItaly, porte la date A. XV, correspondant à 1936–1937. Elle figure dans notre catalogue sous la date de 1937.
Pour le collectionneur, elle réunit la singularité d’un regard artistique et la valeur documentaire d’une vue historique.
Le Museo di Roma, au Palazzo Braschi, abrite des salles consacrées à la ville de Rome, où l’on peut reconstituer, à l’aide de photographies, de peintures et d’objets, des édifices et des ensembles monumentaux stratifiés au fil des siècles, démolis lors des transformations radicales du tissu urbain qui ont considérablement modifié l’image séculaire de la cité papale, entre la fin du XIXe siècle et surtout dans les années 1930 et 1940.
Le Museo della Scuola Romana, au Casino Nobile de Villa Torlonia, éclaire également les liens entre les artistes et le paysage urbain.
En 2024, l’exposition L’exposition « Artiste a Roma percorsi tra secessione, futurismo e ritorno all’ordine », présentée au Casino dei Principi, a contribué à mettre en lumière le rôle des femmes artistes, dont Eva Quajotto, dans cette histoire.