Exposition Belle Époque à Palazzo Blu de Pise

L’exposition Belle Époque, ouverte du 15 octobre 2025 au 7 avril 2026 au Palazzo Blu de Pise, n’est pas seulement une exposition : c’est un portail temporel qui transporte le visiteur d’une Europe blessée par les guerres et les révoltes vers une époque de lumières scintillantes, où l’art danse avec la vie quotidienne.

Curatée par la Professeure Francesca Dini, avec des prêts exceptionnels du Musée d’Orsay, du Louvre, des Galeries des Offices, du Philadelphia Museum of Art, du Museo e Real Bosco di Capodimonte et de Palazzo Te – ainsi que des trésors provenant de collections privées exposés pour la première fois.

Qu’est-ce que la Belle Époque ?

Le terme, inventé avec un voile de nostalgie dans les années 1920, signifie littéralement « belle époque » en français. Il désigne la période historique allant de 1871 à 1914, un interlude de paix relative en Europe après la défaite française à Sedan et la répression de la Commune de Paris. Ce fut un temps de prospérité bourgeoise, d’innovations fulgurantes – des trains rapides aux lumières électriques, des Expositions Universelles aux cabarets parisiens – et d’un bien-être qui imprégna l’art, la littérature, la musique et la mode.

Paris, capitale du XIXe siècle

Paris devint le phare de cette joie de vivre : un monde de flâneurs arpentant les boulevards, de femmes élégantes avec ombrelles et crinolines, de théâtres bondés et de journaux illustrés diffusant le glamour. Ce n’était pas seulement une beauté superficielle, mais une illusion dorée avant le trauma de la Grande Guerre, un hymne à la modernité laïque et libérale qui influença tout le continent, Italie comprise.

L’exposition retrace les cendres d’où naquit cette beauté. La défaite de Napoléon III à Sedan en 1870, le siège prussien, la Commune de Paris – un rêve révolutionnaire étouffé dans le sang après seulement deux mois. Ici, des tableaux comme ceux de Gustave Courbet, père du Réalisme, crient la rébellion : lui qui abat la Colonne de la place Vendôme pour libérer l’art du joug politique. Édouard Manet capture le chaos humain avec des coups de pinceau crus, tandis que Maximilien Luce documente les rues ensanglantées.

Que se passait-il en Italie ?

Giuseppe Garibaldi fait irruption avec sa dernière entreprise risorgimentale à Dijon, portraituré par Carlo Ademollo et Sebastiano De Albertis, peintres qui maniaient le pinceau comme une épée. C’est la fin de l’artiste-soldat, l’aube du peintre-flâneur, ce vagabond urbain théorisé par Charles Baudelaire : « un observateur sensuel de la vie moderne, qui se réjouit des élégants équipages, des superbes chevaux et des femmes souples ». Ernest Meissonier clôt ce chapitre avec des toiles qui murmurent : l’héroïsme meurt, mais la ville renaît.

« Je ne puis encore me résoudre à quitter un instant cette ma chère Paris, je ne puis m’en détacher qu’avec grande peine »
— Giovanni Boldini

Boldini et De Nittis à Paris : le glamour de la peinture « à la mode »

Des artistes italiens comme Boldini et De Nittis capturent la légèreté parisienne post-crise. Leur style pétillant et raffiné incarne la joie de vivre, avec des coups de pinceau virtuoses qui célèbrent le nouveau rythme vital : trains rapides, publicités et tourisme de masse.

C’est ici qu’entrent en scène les peintres italiens à Paris, ces audacieux émigrés artistiques qui transformèrent la Ville Lumière en leur laboratoire.

Giovanni Boldini

Giovanni Boldini, le « maître du tourbillon » ferrarais, arrive en 1871 et conquiert les salons avec des coups de pinceau fébriles, des portraits de femmes qui semblent danser dans le vent – comme dans Sur le banc au Bois, représentant une jeune fille assise pensivement sur un banc dans le Bois de Boulogne, le parc le plus élégant de Paris.

L’identité du modèle reste un mystère non résolu à ce jour. Réalisée un an seulement après l’arrivée de Boldini dans la capitale française, elle capture sa première rencontre avec la joie de vivre parisienne, mêlant portraiture intime et touches impressionnistes dans les verts luxuriants et les fleurs rouges.

 Sulla panchina al Bois Giovanni Boldini
Giovanni Boldini – Sur le banc au Bois.Un moment de réflexion tranquille dans le Bois de Boulogne

Giuseppe De Nittis

Giuseppe De Nittis, le Barlettan au toucher impressionniste, s’installe en 1867, épouse Léontine Gruvelle et ouvre sa maison comme un salon cosmopolite : Degas, Manet, Zola, Oscar Wilde et même la Princesse Mathilde Bonaparte y discutent d’art, entre un pastel et un thé. Ses Déjeuner dans le jardin capturent l’intimité familiale avec des contre-jours dorés, un adieu émouvant avant sa mort prématurée à 38 ans. Il embrasse la lumière de Monet, mais avec une élégance méridionale.

Giuseppe De Nittis La place du Carrousel et le rovine delle Tuileries
Giuseppe De Nittis La place du Carrousel et le rovine delle Tuileries

Federico Zandomeneghi

Et puis Federico Zandomeneghi, le Vénitien macchiaioli qui en 1874 rejoint les Impressionnistes grâce à Degas, peignant La Cuisinière avec des touches vibrantes qui fusionnent humanisme quotidien et avant-garde. Il fait le lien entre Degas et la réalité domestique.

Ces Italiens ne sont pas des étrangers : ce sont les chroniqueurs de la métropole, des flâneurs qui volent la vedette aux Français. Influencés par l’Impressionnisme, mais avec une âme italienne – plus narrative, plus sensuelle – ils capturent une tranche de vie, des tranches d’existence scintillantes comme un Watteau moderne.

Ce sont eux qui exportent le « cliché européen » de l’élégance féminine : femmes en déshabillé, salons parisiens, un symbole de modernité qui sent la soie et l’ambition.

La Maison Goupil

Au centre de ce tourbillon se trouve la Maison Goupil, le cœur battant du marché artistique du XIXe siècle.

Fondée en 1829 par Adolphe Goupil, cette galerie-maison d’édition parisienne – avec des filiales en Europe et aux États-Unis – ne vend pas seulement des tableaux : elle diffuse un art « à la mode », accessible et brillant.

Petits formats, sujets en costume, virtuosité technique pour des collectionneurs bourgeois affamés de glamour. C’est ici que Boldini et De Nittis trouvent refuge et succès, s’appuyant sur un réseau qui transforme l’art en produit global.

Goupil est la fabrique du rêve : estampes, lithographies, un empire qui rend l’art démocratique, et ces Italiens en sont les maîtres incontestés.

Mariano Fortuny y Marsal

La véritable étoile est Mariano Fortuny y Marsal, le Catalan qui domine les années 1870 : son Plage à Portici, exposé pour la première fois en Italie, dialogue avec Route principale à Combes-la-Ville de Boldini et Le Moulin de Castellammare de De Nittis dans un naturalisme éblouissant.