Arte salvata au M9 et la mémoire de la guerre
Placée sous le commissariat de Marianne Mathieu et de Géraldine Lefebvre, l’exposition s’inscrivait dans les commémorations du quatre-vingtième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle avait pour fil conducteur les liens entre patrimoine artistique, mémoire et reconstruction.
Aux côtés des peintures, photographies et documents évoquaient les bombardements de Mestre, notamment celui du 28 mars 1944. Un dialogue se dessinait ainsi avec Le Havre, autre ville portuaire profondément touchée par le conflit. Le parcours retraçait le sauvetage des collections puis leur enrichissement, en prolongeant le récit dans les années d’après-guerre.
Le MuMa du Havre et la formation des collections
Le Musée d’art moderne André Malraux est connu sous le nom de MuMa. Il conserve l’une des grandes collections consacrées à l’impressionnisme français hors de Paris. Son histoire remonte au musée inauguré en 1845 et se confond avec celle d’une ville ouverte aux échanges et aux nouvelles recherches artistiques.
Des collectionneurs comme Charles-Auguste Marande et Olivier Senn ont contribué de manière décisive à ce patrimoine. Le legs Marande est entré au musée en 1936. En 2004, Hélène Senn-Foulds a donné la collection de son grand-père Olivier Senn, renforçant les ensembles impressionnistes, postimpressionnistes et fauves.
L’histoire des collections du MuMa
De la destruction à la réouverture
En septembre 1944, les bombardements ont détruit l’ancien musée. Quelque 1 500 peintures, mises à l’abri pendant la guerre, ont été épargnées. En revanche, la collection de sculptures restée dans le bâtiment a presque entièrement disparu.
Le nouveau musée a été inauguré le 24 juin 1961 par André Malraux, alors ministre de la Culture. Son ouverture rendait à la ville ses collections et un espace également conçu pour des concerts, des rencontres et des activités culturelles.
Entre-temps, la reconstruction urbaine dirigée par Auguste Perret avait redessiné Le Havre. Le centre reconstruit a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005.
Eugène Boudin et la peinture du ciel
Parmi les premières émotions de notre visite figure l’Étude de nuages sur un ciel bleu d’Eugène Boudin. Dans un sujet aussi dépouillé, le ciel devient le centre de l’attention. Le regarder invite à s’attarder sur les variations de la lumière et sur la sensibilité avec laquelle le peintre saisit un phénomène passager.
Ce tableau nous a rappelé les mots de Federico Zeri, qui écrivait à propos de certains paysages français :
« …il n’y a pas seulement la description du paysage. Ils contiennent, en réalité, toute une série d’autres éléments que nous ne pouvons saisir sans tenir compte de certaines théories des Lumières, élaborées notamment par Montesquieu, selon lesquelles le climat et l’aspect du ciel et du paysage expliqueraient le caractère des populations. » Federico Zeri
Boudin a joué un rôle fondamental dans la formation de Monet. En 1900, son frère Louis a donné au Havre le fonds d’atelier d’Eugène : 240 études peintes, selon l’histoire des collections publiée par le MuMa. Cet ensemble permet d’approcher le travail quotidien du peintre devant la nature.

Monet et Renoir dans Arte salvata
L’impressionnisme français a renouvelé le regard porté sur la vie contemporaine et le paysage, en accordant une place centrale à la lumière et à la perception de la couleur. La première exposition indépendante du groupe s’est ouverte à Paris le 15 avril 1874. Monet, Renoir, Degas, Morisot, Pissarro et Sisley comptaient parmi ses protagonistes.
Découvrir l’histoire de l’impressionnisme
Claude Monet, qui a grandi au Havre, a conservé un lien durable avec la ville. En 1910, il a offert trois tableaux à son musée, parmi lesquels Le Parlement de Londres, également connu sous le titre Le Parlement de Londres, effet de brouillard, peint en 1903.
Le prêt consenti pour l’exposition de Mestre comprenait cinq des six tableaux de Monet conservés au MuMa. Dans Le Parlement de Londres, la silhouette du monument émerge à travers la brume. Cette attention aux variations de la lumière exprime l’une des recherches essentielles de l’impressionnisme français.
Nous gardons aussi le souvenir de L’Excursionniste de Pierre-Auguste Renoir, peinte vers 1888. Aux côtés des vues et des paysages, cette œuvre rappelait l’intérêt des impressionnistes pour la figure humaine.

Le fauvisme et le rôle du Havre
Au début du XXe siècle, le fauvisme a donné à la couleur une liberté nouvelle. Des tons intenses, des formes simplifiées et une touche énergique exprimaient le regard du peintre, en s’affranchissant d’une correspondance stricte avec les couleurs naturelles. Le Salon d’Automne de Paris, en 1905, a marqué une étape décisive dans l’affirmation de ces recherches.
Le Havre a joué un rôle important grâce à Raoul Dufy et Othon Friesz, tous deux nés dans la ville, et à leurs relations avec Georges Braque, Albert Marquet et Charles Camoin. Leurs œuvres permettaient de suivre le passage vers un usage plus autonome et expressif de la couleur.

Le symbolisme et les Nabis
Le parcours comprenait également des œuvres de Paul Gauguin, Jean-Francis Auburtin, Ker-Xavier Roussel, Maurice Denis et Marie Droppe. Ces présences ouvraient sur la dimension symbolique et décorative de la peinture à la charnière des XIXe et XXe siècles.
Le symbolisme privilégiait la suggestion et la vie intérieure. Les recherches des Nabis, auxquels appartenaient Denis et Roussel, s’inscrivent également dans cet horizon. Couleur et composition pouvaient ainsi évoquer des états d’âme et des significations dépassant la description immédiate du sujet.
Georges Braque et la Barque sur la grève
À la fin du parcours, Barque sur la grève de Georges Braque introduisait un autre moment de la peinture du XXe siècle. Réalisée en 1956, l’œuvre appartient à la période tardive de l’artiste et témoigne de son intérêt renouvelé pour le paysage.
Le tableau est entré au MuMa en 2019, grâce au legs de Florence Malraux, fille d’André Malraux. Sa présence racontait donc aussi la continuité du collectionnisme et des dons après la guerre.

Le souvenir d’Arte salvata entre peinture et musique
La sélection musicale conçue par Dario Falcone a été l’une des agréables surprises de notre visite. Des pièces de Debussy, Ravel, Messiaen, Malipiero, Bach, Mozart et Chopin accompagnaient les œuvres et invitaient à s’arrêter pour écouter.
D’Arte salvata demeure le souvenir des tableaux et des personnes qui ont rendu leur conservation possible. Les regarder à nouveau en connaissant leur histoire donne un autre poids au temps passé devant une toile.
Pour prolonger cette visite, découvrez notre article consacré à l’art moderne, de l’impressionnisme français aux recherches du XXe siècle. Retrouvez également les œuvres sélectionnées pour notre galerie.
Découvrir l’histoire et les courants de l’art moderne
